La constipation enfant est l’un des motifs les plus fréquents de consultation en pédiatrie : un enfant peut souffrir, se retenir par peur d’avoir mal, et entrer dans un cercle vicieux (selles plus dures → douleur → rétention → constipation). La bonne nouvelle : dans la majorité des cas, des mesures simples et une stratégie structurée permettent de soulager rapidement et surtout d’éviter les récidives. Dans ce guide, vous allez apprendre à reconnaître une vraie constipation, agir efficacement à la maison, et repérer les situations où il faut consulter sans attendre.
Constipation chez l’enfant : comment la reconnaître (sans se tromper)
Les signes typiques
Un enfant constipé n’est pas seulement un enfant qui “ne va pas tous les jours”. Les signaux les plus utiles :
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Selles dures (type “billes”, “bouchon”, très volumineuses)
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Douleur ou pleurs à la selle, grimaces, évitement
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Rareté des selles (variable selon l’âge, mais surtout associée à des selles dures/douloureuses)
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Traces de sang rouge (souvent liées à une fissure anale)
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Ballonnements, inconfort, baisse d’appétit
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Fuites de selles dans la culotte (encoprésie) : souvent signe de rétention avec “débordement” autour d’un fécalome
Fréquence normale des selles : ce qui compte vraiment
- Certains enfants peuvent avoir des selles tous les jours comme un jour sur deux sans problème.
- Le critère clé : consistance + douleur + rétention, plus que le nombre.
Constipation fonctionnelle vs cause médicale
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Très souvent : constipation fonctionnelle (habitudes, alimentation, rétention, stress, propreté).
- Plus rarement : cause organique (à évoquer surtout si signes d’alerte — voir section “quand consulter”).
Les causes les plus fréquentes de constipation enfant
Le cercle vicieux “douleur → rétention”
Après une selle douloureuse, l’enfant se retient (postures de rétention : se raidir, croiser les jambes, se cacher). Le côlon réabsorbe l’eau : les selles deviennent plus dures → douleur accrue.
Alimentation pauvre en fibres + hydratation insuffisante
- Trop de féculents raffinés, produits ultra-transformés, peu de fruits/légumes.
- Boissons insuffisantes, surtout à l’école.
Changements de routine
- Entrée à la crèche/école, voyage, stress, déménagement.
- Refus d’aller aux toilettes hors de la maison.
Apprentissage de la propreté
Période “à risque” : pression, peur, toilettes inadaptées (sans marchepied), manque de temps.
Que faire tout de suite à la maison (plan d’action en 48–72 h)
1) Débloquer sans braquer : routine toilettes intelligente
Objectif : réactiver le réflexe naturel, sans lutte de pouvoir.
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Après les repas (idéalement petit-déjeuner + dîner), proposer 5–10 minutes aux toilettes.
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Position : pieds bien posés sur un marchepied (position “accroupie” = meilleur angle).
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Zéro pression : on propose, on encourage, on félicite l’effort (pas le résultat).
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Timer + distraction calme : livre, histoire, respiration.
Astuce : le meilleur moment est 10–20 minutes après un repas (réflexe gastro-colique).
2) Hydratation : le levier souvent sous-estimé
- Viser des prises régulières sur la journée (gourde à l’école).
- L’eau est la base. Les jus ne remplacent pas une hydratation structurée.
3) Fibres “efficaces” (et tolérées) : quoi donner
Favoriser, selon l’âge et la tolérance :
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Poire, pruneau, kiwi, pêche, abricot (plutôt que banane pas mûre)
- Légumes riches en fibres : petits pois, brocoli, courgette, carottes (selon tolérance)
- Céréales complètes (progressif), flocons d’avoine
- Légumineuses (progressif, attention ballonnements)
Erreur fréquente : augmenter les fibres sans augmenter l’eau → peut aggraver.
4) Ce qui peut aggraver (à limiter quelques jours)
- Excès de riz, carottes très cuites, pain blanc, biscuits, fast-food
- Trop de fromage/produits laitiers chez certains enfants (variable)
- Banane non mûre (chez certains)
Traitements : ce qui marche vraiment (et ce qu’il faut éviter)
Laxatifs osmotiques (souvent recommandés) : logique et sécurité
En pratique pédiatrique, un laxatif osmotique (souvent à base de macrogol/PEG) est fréquemment utilisé car il ramollit les selles en retenant l’eau dans l’intestin, ce qui aide à sortir du cercle douleur-rétention.
Points clés (à valider avec un professionnel de santé) :
- L’objectif n’est pas “aller aux toilettes aujourd’hui”, mais rendre les selles molles et indolores plusieurs jours/semaines.
- La durée est parfois de plusieurs semaines pour “reconditionner” le transit, surtout en cas de rétention/peur.
Suppositoires et lavements : plutôt ponctuels, pas une stratégie de fond
- Peuvent aider ponctuellement, mais ne traitent pas la cause (rétention + selles dures).
- À réserver à des situations ciblées et selon avis médical, surtout chez le petit.
Ce qu’il vaut mieux éviter
- Multiplier les “remèdes” contradictoires (fibres + constipants + traitements aléatoires).
- Forcer l’enfant, punir, humiliations : augmente la rétention.
- Automédiquer sur une longue durée sans suivi.
Constipation enfant : quand consulter (et signes d’alerte)
Consulter rapidement si…
- Douleurs importantes, vomissements, ventre très distendu
- Sang abondant, fièvre, altération de l’état général
- Perte de poids, fatigue marquée
- Constipation dès les toutes premières semaines de vie, ou troubles persistants malgré mesures adaptées
- Suspicion de fécalome (bouchon) ou fuites de selles répétées (encoprésie)
Cas fréquent : fissure anale
Si l’enfant a très mal et qu’il y a du sang rouge sur le papier, une fissure anale est possible : il faut ramollir les selles et éviter la douleur, sinon la rétention s’installe.
Prévenir les récidives : la stratégie “anti-retour” (sur 4 semaines)
Routine toilettes (non négociable, mais sans pression)
- 2 passages “hygiène de transit” après repas, marchepied systématique.
- Renforcement positif (tableau de motivation sur l’effort, pas sur la selle).
Alimentation : objectifs simples et mesurables
- 1–2 fruits “transit”/jour (poire/kiwi/pruneau selon tolérance)
- Légumes à chaque repas (même petites portions)
- Progression des fibres sur 7–10 jours + eau
Activité physique
Bouger aide le transit : marche, vélo, jeux actifs (objectif quotidien).
FAQ
Constipation enfant : que faire rapidement ?
Mettre en place une routine toilettes après les repas avec marchepied, augmenter l’hydratation, proposer des aliments riches en fibres (poire, kiwi, pruneau) et consulter si douleur importante, vomissements, ventre distendu ou sang abondant.
Combien de jours sans selle chez un enfant est inquiétant ?
Ce n’est pas uniquement le nombre de jours : c’est surtout selles dures + douleur + rétention. Consultez rapidement si l’enfant souffre, vomit, a un ventre très gonflé, ou si la constipation s’installe malgré des mesures adaptées.
Quels aliments sont les meilleurs contre la constipation chez l’enfant ?
Poire, kiwi, pruneau, légumes riches en fibres, flocons d’avoine et céréales complètes (progressivement), avec une hydratation suffisante.
Le macrogol (PEG) est-il dangereux chez l’enfant ?
Le macrogol (PEG) est couramment utilisé en pédiatrie pour ramollir les selles, mais la posologie et la durée doivent être adaptées à l’enfant : demandez l’avis de votre médecin ou pharmacien, surtout si symptômes importants ou constipation chronique.
Mon enfant se retient et refuse d’aller aux toilettes : que faire ?
Éviter toute pression, instaurer 5–10 minutes après les repas, marchepied, routine stable, encouragements sur l’effort. L’objectif est de rendre les selles indolores (parfois avec aide médicale) pour casser la peur.
Conclusion
La constipation enfant se traite efficacement quand on combine soulagement des selles dures, routine toilettes adaptée, hydratation, et prévention de la rétention. Si la douleur est importante, si des signes d’alerte apparaissent, ou si la situation dure malgré des mesures cohérentes, consultez : un accompagnement médical permet souvent de régler le problème durablement.